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L'avantage lorsqu'on est
mouche, c'est que l'on grandit vite.
Bébé, quelques jours, juste le temps d'apprendre à voler et me voilà partie. J'explore le
monde !
De mon père, j'ignore tout. C'est normal m'a dit ma mère juste avant de me quitter. Elle s'est
envolée à gauche, vers la liberté. J'ai voulu la suivre mais une paroi transparente, infinie, m'a retenue prisonnière. Je l'ai parcourue de long en large, de haut en bas, en diagonale. J'ai pris
mon élan pour la traverser, j'ai creusé avec mes petites pattes si vives mais rien n'y a fait ! Je suis restée là.
La nuit est tombée,
interminable. Je n'ai pas osé bouger. Mes ventouses bien agrippées sur un petit coin du carreau, j'ai attendu le jour.
L'avantage lorsqu'on est
mouche, c'est que l'on grandit vite. Pas d'adolescence, pas d'acné, pas de révolution sexuelle, pas de questions existentielles. Une nuit sur la fenêtre et me voilà adulte.
Le soleil pénètre les
multiples facettes de mes yeux, éblouie, je m'échappe. Mes ailes ankylosées peinent à me porter, brusque plongeon vers le sol, je redresse la barre juste à temps. J'ai faim, maman a omis de
m'apprendre à chasser. Je retourne à ma fenêtre d'où j'observe le monde. Je ne vois qu'étendues planes, surfaces verticales, horizontales, formes rondes, rectangles, vertes, blanches....Laquelle
choisir pour me poser ? En tant qu’aventurière, j'opte pour la plus vaste, la plus encombrée aussi ! Je m'en aperçois en atterrisant. Il me suffit de quelques pas pour découvrir le plaisir. J'ose
à peine y croire ! Ici : Une goutte de lait que j'aspire goulûment, là : Une miette de pain que j'apprécie moins ; plus loin : Un drôle d'ustensile couvert d'un nectar rouge et merveilleusement
sucré. Le voici donc ce paradis dont elles rêvent toutes ? Trouvé en deux jours pour mon plus grand bonheur.
L'avantage lorsqu'on est
mouche, c'est que l'on se suffit de peu. Je me balade dans mon nouveau monde qui m'offre tout et plus encore. J'en profite, je me gave... Mais soudain ! Un violent coup sur la tête me fait
vaciller et m'éjecte du paradis. Vite, un coup d'ailes pour m'éloigner d'un mur qui s'approche trop vite. Toute tremblante, je me réfugie sur mon petit coin de carreau. Que s'est il passé ?
J'étais heureuse, je ne demandais rien. Aucune concurrence dans mon Eldorado, pas une mouche, pas une fourmi, pas une guêpe, rien que moi et cette montagne de délices.
L'avantage lorsqu'on est
mouche, c'est que l'on oublie vite, j'y retourne. Vlan ! Une autre claque, un grand courant d'air qui m'envoie vers le ciel. Je suis sonnée, je ne comprends pas. Pourquoi maman ne m'a t'elle pas
prévenue ? J'enrage ! Je repars. Cette fois, j'ai bien failli y rester. Pendant une interminable seconde me voilà coincée entre une perle de miel et un inquiétant objet arrivé de nulle part. Il
est très plat, blanc un peu gris, je crois et parsemé de signes bizarres, noirs. Il sent mauvais aussi, très fort. Cette odeur va me tuer ou bien son poids sur mon corps ? Heureusement, une
rigole s'est formée en son milieu, un petit tunnel dont je profite pour me sauver. Au passage, je découvre sur ses parois, d'autres signes cabalistiques, des taches de couleurs jointes les unes
aux autres en une immense fresque. Quel animal a-t-il pu créer cette chose mystérieuse et destructrice ?
L'avantage lorsqu'on est
mouche, c'est que l'on a du temps. J'ai dormi. J'ai mangé. je décide d'élucider cette énigme. Plaquée sur mon carreau, je mets au point ma stratégie. D'ici, je ne vois rien, je dois donc
m'approcher. Je repère un territoire au fond, tout près de mon paradis perdu, elle est un peu brillante et une lueur bleutée m'attire irrésistiblement. Aïe ! Lumière dangereuse. Piège à mouches !
Je m'y brûle et m'enfuis. Je voudrais crier pour me soulager mais la mouche est sans bouche... J'avale ma douleur.
- Dis papa mouche, pourquoi n'es-tu pas là ?
Aventurière et courageuse,
je repars à l'assaut. Quelques tournoiements au dessus de l'Olympe... Mais... C'est l'Atlantide ! Tout mon paradis englouti ! Plus une miette, plus une goutte de lait, un morceau de sucre. Plus
un ustensile bizarre, plus rien, sauf... Sauf cet Ovni, posé bien à plat au milieu du désert. La voilà donc cette arme étrange, cette puante chose ? Petit battement d'ailes timide,. Courageuse
mais pas téméraire ! Je me pose à bonne distance, il ne bouge pas, je m'approche encore ; encore un peu. Là ! Je le touche à présent.
Aventurière, courageuse et
fière. Dire que personne ne le sait. Comme j'aimerais être connue, moi découvreuse de l'Eldorado affrontant l'Ovni qui faillit bien m'achever. Je grimpe dessus maintenant, je le parcours, je
l'étudie. Je veux comprendre. Est ce que toutes les mouches veulent comprendre ? Les signes sont bien rangés, bien alignés verticalement. Sur ma gauche, ils sont très grands et rouges - deux ou
trois mouches au moins - puis il rétrécissent régulièrement. Les plus nombreux mesurent à peine une demi-mouche et sont noirs. Me voici sur cette grande tache aux couleurs multiples dont la
signification m'échappe. La nature est elle à l'origine de cet édifice insolite ? Ou bien une essence supérieure, mouche divine, émanation suprême ?
Maman disait : "L'avantage,
lorsqu'on est mouche, c'est que l'on ne pense pas" Mais alors, suis-je une vraie mouche ? Je me questionne et m'angoisse tout en continuant mon étude empirique. les signes se répètent, des
batons, des arrondis, des diagonales, voilà ce dont ils se composent. Je suis sûre qu'ils ont un sens et que leur agencement n'est pas fortuit. Dans quelques heures, j'aurai compris cette grande
énigme et je retrouverai ma vie de mouche ordinaire, soulagée par la connaissance.
Mais je suis distraite tout à coup par mon destin qui se joue - je l'ignore encore ! Là-bas, au bout de
mon néant, je vois atterrir une tartine recouverte d'une substance dont l'odeur m'appelle. J'y vais en trottinant sur mes petites pattes fatiguées. L'avantage lorsqu'on est mouche, c'est que la
nourriture tombe du ciel. Je salive....
BANG ! Le coup est rude, il m'assomme. Juste le temps avant de m'endormir, d'observer un instant l'outil de mon destin. C'est l'Ovni ! Et brusquement, l'énigme s'éclaire,
les traits, les arrondis forment des lettres. Les lettres s'assemblent en mots qui construisent des phrases. Des phrases que je comprends ! Je les lis.
Je lis sur le journal...
... L'histoire de "La mouche qui voulait explorer le monde" et juste après, le
mot
FIN
Fin de l'histoire
Fin de la mouche